Les « poèmes plastiques » d’Arrabal dans la presse internationale.

Léonore Chastagner, s’exprime sur le caractère hors-norme de l’art de Fernando Arrabal.Chaque texto que vous recevez de Fernando Arrabal est un poème. La scansion des espaces, la multiplication des «iiii», des «???», le rendez-vous à «15h33» et pas une minute de plus, tout cela ravit, réjouit. Et si un jour vous tombez sur sa messagerie, c’est un régal : après un silence, sa voix résonne pour entamer une comptine. Tout ce qu’il touche, il lui donne de la grâce. Il répand sa poésie par bribes là où l’on n’est pas préparé à en trouver, et si dans votre courrier vous tombez sur une lettre de lui, ce sera la plus belle de toutes, des timbres chamarrés sur la moitié de l’enveloppe, des autocollants de dinosaures un peu partout, une écriture fine comme un dessin.

La journée commence bien.

C’est léger, joli, mais surtout c’est libre. La liberté c’est ce pour quoi Fernando Arrabal crée. En 1955, il quitte l’Espagne opprimée par le régime franquiste qui lui a enlevé son père et il arrive à Paris. Lettres (Lettre au général Franco, 1972 ; Lettre à Fidel Castro, 1983 ; Lettre à Staline, 2004), pièces de théâtre (L’Architecte et l’Empereur d’Assyrie, 1966), films (Viva la muerte, 1971) s’attaquent à l’oppression, au totalitarisme, à la toute puissance.

C’est un artiste absolu et il semble ne pas y avoir de frontière entre sa vie et sa création. Les deux sont indissociables, complémentaires, s’envahissent et s’absorbent, si bien que chaque interview ressemble à un poème, chaque intervention pourrait être une scène de théâtre. Cette confusion généralisée se joue des carcans et des définitions : il est écrivain mais il dessine, il est cinéaste mais réalise des sculptures, il est poète mais peut être la muse de ses amis artistes, tout est absurde mais tout fait sens.

Nous présentons une création nouvelle, parallèle à son travail d’auteur : un ensemble de tableaux et de sculptures qu’il appelle des poèmes plastiques.

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Avec lui, l’art ne se borne pas au cadre du tableau ou au socle de la statue, l’œuvre est totale, permanente, pas un interstice qui y  échappe. Même l’appartement est une œuvre, presque une «installation». Les poèmes plastiques y sont exposés au milieu d’une multitude d’objets en tous genres. A même le sol, ou superposés au-dessus d’une armoire, partout où il y a de la place, des tableaux s’empilent les uns au-dessus des autres. «Et là, qu’est-ce que c’est ?» «Ici ce sont des dessins que m’a faits Miró, là-haut il y a des Botero, vous voulez voir ?».  Mais je n’ai pas le temps de voir, car il faudrait prendre un escabeau et descendre un à un les dessins, encadrés et sous-verre, donc lourds et fragiles – ce serait toute une opération et vous n’osez pas perturber cette organisation, instinctive et intime, probablement établie de longue date.

Une chaise de torture en bois massif se trouve dans le salon, avec des menottes qui entravent les poignets d’un condamné imaginaire, un carcan qui bloque son crâne et une roue qui enfonce une pointe en métal dans sa nuque, jusqu’à la rompre.

Pourtant, l’appartement est rassurant, bienveillant, généreux. Fernando Arrabal le fait rayonner en racontant l’histoire de chaque objet – car chaque objet a son histoire, et la visite de l’appartement condense le récit de ses amitiés, des œuvres qu’il aime et des artistes qu’il admire.

Rauschenberg disait «Je veux  explorer le trou entre l’art et la vie». Et justement, tous les détails de sa vie s’entremêlent à l’art et semblent construire un personnage : le personnage Arrabal, avec son accent espagnol et ses lunettes empilées les unes sur les autres, avec l’appartement invraisemblable et le «vin d’Arrabal» qu’il vous sert en apéritif. Mais attention, ce n’est pas un acteur, il ne se donne pas en représentation, ne joue pas de rôle. Rien de tout cela n’est une mise en scène. C’est même l’inverse, Fernando Arrabal réussit à être lui-même malgré l’effarement général. Sans dominer, sans écraser, son ailleurs triomphe.

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Il vous montre une première peinture, mais tout de suite il précise «le sous-titre, c’est frustration». Le ton est donné : Arrabal est un peintre frustré, en tout cas, c’est le mythe élaboré par ses soins et que l’on retrouve au détour de toutes les biographies : chez les Arrabal, la peinture est une histoire de famille, le frère, Julio, peint à merveille, le père aussi, et le grand-père. Aussi était-il naturel que le jeune Fernando apprenne l’art de la peinture à quatre ans, au collège des sœurs Teresianas (Ciudad Rodrigo), et que sa famille fonde de grands espoirs sur sa future carrière. Mais il se trouve moins doué que les autres, et progressivement se détourne de la peinture − de toute façon il découvre le théâtre quand il a dix ans et y plonge, sans hésitation.

L’idée des poèmes plastiques lui vient il y a seulement deux ou trois ans, comme un moyen d’être enfin l’artiste qu’on attendait de lui. Il est poète et ces œuvres sont le prolongement de sa pensée poétique, muée sous une forme tangible. Pour ses sculptures, il choisit soigneusement les éléments qui lui seront nécessaires : quelques œufs en bois peint et la maquette du Titanic, voilà pour lui les ingrédients d’un hommage à Mandelbrot. Ses techniques d’assemblage rappellent celles des dadaïstes et le talent qu’ils avaient pour faire émerger d’objets disparates un sens sibyllin. Dans le regard du visiteur, il guette la réaction.

Pour les tableaux aussi, ce sont des rapprochements libres qui guident sa main. A partir de la copie d’une œuvre qu’il admire, il arrabalise : il bricole, colle des autocollants et des figurines, ponctue la toile de courtes phrases. Les chefs-d’œuvre qu’il reprend viennent d’époques et de lieux hétéroclites, presque dissonants, on y trouve des toiles flamandes du XVIème et du XVIIème, d’autres impressionnistes, cubistes, surréalistes. La calligraphie fine et penchée dont Arrabal les recouvre est comme un ruban qui les relie tous − au-delà de leurs différences, le regard qu’il porte sur eux les rassemble. Il n’aime pas parler de lui mais il aime parler des autres, et c’est en retraçant les histoires des autres, en dessinant sur les tableaux des autres que se détache sa parole.

Les poèmes plastiques sont autant d’hommages aux chefs d’œuvre de l’histoire de l’art (Brueghel, Hopper, Picasso), à ses amis (Dalì, Ionesco), à ses passions (les échecs, les mathématiques) et il aborde les thèmes qui l’obsèdent depuis toujours – la mort, la sexualité, la religion. Ces chefs-d’œuvre de toujours et ces thèmes universels, il les accueille dans son monde et les traduit dans le langage farfelu et poétique qui est le sien. En filigrane, il nous livre sa vision du travail d’artiste, ce travail qui se fait «dans les catacombes» et pour lequel son respect est absolu.

Donc, quand il vous montre une première peinture, ce n’est pas avec le sérieux d’un peintre, c’est avec le sourire du farceur. Arrabal est un «homme qui joue» dit Milan Kundera, avec l’art, la vie, lui-même, tout est un jeu. Il vous regarde dans les yeux avec un sourire en coin et vous dit : «Je suis très sérieux».(12- IX-13)

INFORMATIONS PRATIQUES

« Je vais m’exposer, dans tous les sens du mot. S’il y a un spectateur, s’il y a quelqu’un qui veut aller voir ces tableaux, il ira voir des «frustrations». C’est très simple, tous les poèmes plastiques que je fais, toutes ces frustrations, on peut les expliquer. Il n’y a rien de magique, ni de poétique dans le sens qui leur est donné, que leur donnent certains grands connaisseurs. La poésie pour moi veut dire «faire», c’est un terrible mot qui ne peut être traduit en français. Poète veut dire «faiseur», celui qui fait.

Les créateurs sont dans les catacombes. Lorsqu’on se prend la liste des personnes les plus influentes d’un journal comme le Times – d’abord rendons hommage, parce qu’il dit le mot «influent», qui ne veut rien dire, c’est un mot panique – dans ces listes-là, combien de poètes? Zéro. Combien de dramaturges? Combien de philosophes? Zéro. Combien de romanciers? Zéro. C’est normal, parce que nous sommes dans les catacombes, et c’est une bonne chose.

C’est que les fractales ont changé la géopolitique du monde : ce n’est pas parce que personne ne lit le manifeste panique, que le panique n’est pas en train de changer le monde. Ce n’est pas parce que personne n’avait lu les manifestes dada, que dada n’a pas changé le monde.

Et c’était des changement minuscules, extraordinairement minuscules, petits, on n’a pas besoin de plus. Quelle merveille! Lorsqu’on voit la liste, il n’y a pas un seul poète, merveilleux! Applaudissons des quatre mains! »

Le prépuce

Fernando Arrabal, Prépuce. Photo : Yann Revol
Fernando Arrabal, Prépuce. Photo : Yann Revol

« Ce prépuce, c’est un double prépuce : c’est un rêve. Lorsque je suis arrivé au sanatorium à Paris, j’ai fait ce prépuce, et j’ai mis des titres dans un petit truc de rien du tout, par la suite j’ai trouvé un reliquaire, vous voyez un petit reliquaire. Puis j’ai trouvé le tableau, le cadre, et le cadre est un miroir. Alors le prépuce se regarde lui-même. Ce que je voulais dire, c’est que le prépuce se trouve derrière le miroir : c’est comme le passeport vers ce que j’appelle le «Destierro».»

Destierrolandia

« L’autre jour, au restaurant avec Kundera, je lui dis : «Comprends bien, tu n’es pas pragois, tu n’es pas tchèque. Tu n’es pas français.» Je ne suis ni marocain, ni espagnol, ni français : nous sommes d’un pays très spécial, ce pays s’appelle Diestierrolandia. Il n’y a pas de traduction. Ce n’est pas l’émigrant, le desterrado. Mais lui a très bien compris, parce qu’il a traduit mes poèmes – lorsqu’il a traduit mes poèmes, il a dit quelque chose de lumineux, parce qu’il illustre la citation du desterrado. Il me dit : «Avec ma machine à écrire, c’est la première fois depuis longtemps que j’écris en tchèque, et dans ma machine, je ne trouve pas ma saloperie d’accent», «ma saloperie d’accent», c’était formidable ! C’était une preuve d’amour aussi, il traitait la langue avec amour. »

Les quichottes

« Nous ne sommes pas venus dans ce monde pour être plus riches, ou pour être plus célèbres, nous sommes venus dans ce monde pour être des poètes, pour être des quichottes. Et en faire autant que l’on peut, et c’est notre mission.

Nous sommes dans les catacombes, et je suis sûr que si quelqu’un écoute ce que je dis, ne comprenne rien… Mais il faut dire que moi non plus, je ne comprends pas.»

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« Même s’il défie Franco et Castro, Arrabal n’est pas contestataire, un prêcheur militant ; c’est un homme qui joue ; l’art tel qu’il le conçoit est un jeu, et le monde devient un jeu dès qu’il le touche. » Milan Kundera [1]

« Fernando Arrabal réussit à être lui-même malgré l’effarement général. Sans dominer, sans écraser, son ailleurs triomphe. » Léonore Chastagner, commissaire de l’exposition

« Les mots d’Arrabal nous donnent des images, ses images nous donnent des objets. Grâce à sa baguette magique, l’art nous sourit autrement.» Jean Digne, directeur du musée du Montparnasse

Une série d’oeuvres nommée «Poèmes plastiques» .

L’idée des poèmes plastiques lui vient il y a seulement deux ou trois ans mais est en fait la réalisation d’une envie ancienne. Fernando Arrabal est poète et ces oeuvres sont le prolongement de sa pensée poétique, muée sous une forme tangible.

Sculptures et tableaux inédits sont construits par assemblage : sur la copie d’une toile célèbre, Arrabal colle autocollants et figurines, ou bien, sur un même socle, il réunit des objets trouvés au hasard de ses pérégrinations – fer à repasser en métal rouillé, phallus en bois, ombrelle. Ses techniques d’assemblage rappellent celles des dadaïstes et le talent qu’ils avaient pour faire émerger d’objets disparates un sens sibyllin. Par des titres et des phrases arrabalesques, il transforme ces constructions précaires en véritables poèmes.

Des oeuvres nouvelles qui abordent ce qui l’obsède depuis toujours – la mort, la sexualité, la religion – en même temps qu’elles rendent hommage aux chefs-d’oeuvre de l’histoire de l’art (Brueghel, Hopper, Picasso), à ses amis (Dalì, Ionesco), à ses passions (les échecs, les mathématiques).

Pour plus d’informations sur l’exposition, cliquez ici.

Un film où Fernando Arrabal dévoile les coulisses de la conception de ses Poèmes plastiques.

Fernando Arrabal présente ses Poèmes plastiques


  • Fernando Arrabal,  único superviviente de los cuatro avatares de la modernidad

París,  (NUEVO TIEMPO).- El dramaturgo Fernando Arrabal inauguró  el pasado 11 de septiembre de 2013, en el Museo de Montparnasse de París, su exposición « Poèmes Plastiques », una impresionante colección: el  resultado de su genio .

A la inauguración asistieron  el Embajador de España, Carlos Bastarreche Sagües, el director del Instituto Cervantes de París, Juan Manuel Bonet, Alejandro Jodorowsky, Thieri Foulc, Yann Moix, Christine Angot, Dominique Noguez, Bernard Henri Lévy, Jean Cortot  y varios centenares de personalidades del mundo cultural francés con la ministra Aurélie Filippetti.

La « infinita admiración » que siente por todos aquellos pintores que fueron sus cómplices (desde Andy Warhol a Louise Bourgois)  es la razòn  para presentar una exhibición genial, colmada de obras maestras y objetos insólitos.

El novelista, dramaturgo, poeta y realizador cinematográfico se convirtió, para la ocasión y con el propósito de homenajear a sus artistas admirados, en pintor y escultor que « arrabaliza » todo lo que toca y crea.

En la pieza « Dálmatas » coloca pegatinas  de la célebre película de Walt Disney de la forma màs imaginativa sobre un óleo de Pablo Picasso en el que aparece, muy significativo, un joven jinete con su caballo.

En su  obsequio a su amigo Magritte vemos unos espaguetis con salsa boloñesa y fragmentos de carne sobre el cuadro « El castillo de los Pirineos », que el pintor belga compuso en 1959.

Este genio nato también hace un guiño a su España, de la que se exilió en 1955, fijando unas balas alrededor de la obra de Goya « Tres de Mayo » (1814) y anotando en letras grandes y vistosas la palabra « Moncloa ».

« Soy yo al que quisieran algunos fusilar… como al resto de los poetas « , explicó el autor, que nació en Melilla hace 81 años y que, tras más de medio siglo afincado en París, asegura que « España cada vez está mejor ».

Sus técnicas de ensamblaje, totalmente originales , a veces se rematan con la caligrafía delgada e inclinada del propio Arrabal, que traza consignas como « la celebridad todavía es más ciega que la justicia ».

El mensaje que transmite con  la sucesión de palabras: « imaginación », « yo », « pánico », « ciencia », « libertad » o « ajedrez » acompañan por ejemplo una de las piezas que este maestro de la modernidad  dedica a su amigo y cómplice Salvador Dalí.

También para Dalí fue concebida una de las esculturas más alabadas, en la que Arrabal yuxtapone una antigua jofaina, unos labios rosas fluorescentes y uno de los relojes blandos que solía pintar el artista de Figueres.

A otra de sus múltiples musas, Marilyn Monroe, la equipa de gafas de colores con forma de corazón, idénticas a las que suele llevar él mismo sobre sus gafas de vista, para el lienzo titulado « … Los caníbales herbívoros, ¿se vuelven anoréxicos o humoristas? ».

El homenaje a Audrey Hepburn es todavía más sorprendentemente original:  pone, sobre una foto de la actriz, una figura de juguete, todavía embalada, de Sigmund Freud, junto a la máxima rotunda de que « Dios es tan antropomorfo que, después de crearlo todo, lo confunde todo ».

La magistral combinación de géneros y materiales reina brillantemente en la exposición.  Aunque todo resulte absurdo, todo tiene sentido. Simplemente, hay que buscarlo como nos piden  los mejores criticos  internacionales.

Los  espectador se asombran al contemplar una de las provocativas mujeres que dibujaba Tamara Lempicka, sobre cuyos genitales el dramaturgo ha colocado una verdadera tarta de frutas.  « En La vida  hay  que ser más poeta ».

Según Arrabal: « Los artistas vivimos en las catacumbas y desde ellas intentamos cambiar este mundo que ha perdido  la poesía. Entre las cien personas que cada año señala  Time como más influyentes, no hay ni un sólo poeta ».

Felizmente Fernando Arrabal existe

Con humor el genial autor hispano se pregunta: « ¿qué hice al dios Pan para que hoy sea el único superviviente de los cuatro avatares de la modernidad?

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